• Le réveil

    Ceci est un écrit que j'avais publié sur tumblr, que je republies ici. C'est un brouillon d'un mini roman sur lequel je travaille. Il raconte la vie d'Amy, une ado américaine, sa passion pour la musique et surtout son premier amour..

    ________________________________________________________________ 

    "Je sens une lumière transpercer lentement mon âme. Elle est puissante, brillante, attirante, mais tellement blessante à la fois. Elle me fait mal. Elle me repousse à fermer les yeux. Je n'arrive pas à les ouvrir.

    Mes sens sont brouillés, je n'entends rien, ne vois rien, et je ressens rien. Ma tête est vide. Mon corps est vide. Toute mon âme est vide. Je sens juste un gout amer me remonter le long de la gorge. Je me penche et je vois le sang couler le long de ma lèvre pour s'étaler au sol. Je commence à entendre des voix. Des bruits de pas, qui courent de part et d'autre de la pièce. Certains de manière active. D'autres traînent. J'ai la vague impression d'entendre des chagrins. Et je me rappelle rapidement que personne ne pourrait éprouver du chagrin pour moi. La première chose que j'entends distinctement est ma propre voix. J'arrache ma gorge à tousser, à cracher du sang et à essayer de respirer normalement. Je sens une main pressée mon épaule gauche et me repousser de force. La lumière m'aveugle à nouveau. Je tourne légèrement la tête et constate que mes bras sont couverts de bandages, et que celui de gauche est relié à une perfusion. Ma tête se met à tourner à nouveau alors que je sens quelqu'un accourir a côté de moi. Je sais qui court comme ça. Qui se précipite comme ça. Alors je me laisse à nouveau me faire avaler par le sommeil, parce que c'est bien mieux comme ça que de la voir.

    J'aimerais que la mort m'emporte comme le sommeil l'a fait.

    Lorsque je me détache à nouveau du sommeil, je me dis que c'est presque pire. Je reprends rapidement mes sens. Je ne me sens pas malade, physiquement. Mais la première chose que je vois, c'est sa tête, posée à quelques centimètres en dessous de la mienne. Elle est allongée, sur le même lit que le mien et il semblerait qu'elle se soit assoupie. Je la regarde pendant une dizaine de minutes sans que rien n'arrive à sortir. Pas de boules dans la gorge, pas de larmes qui coulent. On dirait une personne sans âme et sans émotion. Peut être suis je trop endormie, trop fatiguée, ou même trop morte pour ressentir la sensation la plus humaine qu'il existe. J'inspire longuement, puis je tourne la tête vers la table de chevet. J'attrape discrètement un téléphone et je constate qu'on est mardi, 18h et des poussières.

    Je commence à m'interroger sur la fin de ma journée d'hier. Je sais déjà que le pire est arrivé, mais je me perds dans mes pensées tout de même. Les conséquences de mes actes, par exemple. Je sens que les prochaines journées vont être longues. Et rien qu'en pensant ça, je me sens déjà fatiguée de vivre. Je souhaite me lever, marcher, je souhaite déjà m'évader. Cette chambre ressemble à une prison. Les murs sont tous blancs, et j'ai l'impression que l'on m'observe. En effet, dès que l'on tourne le regard vers la sortie, on aperçoit une vitre de la longueur du coin du mur jusqu'à la porte, et je devine des silhouettes. Je me demande si l'on me considère comme un monstre.

    Je deviens subitement nerveuse. J'ai été mise à nue face à eux. Mes blessures, mes brûlures, et évidemment le nombre impardonnable de cicatrices le long de mon bras... Tout cela va susciter des longues heures de questions auxquelles je n'ai pas envie de répondre. Évidemment, la nervosité s'accompagne de l'appréhension. Mes pensées sont envahies par les milliers de réflexions que ma mère va pouvoir me faire. Je me sens déjà incapable de surmonter ça. Je me sens toute aussi incapable de reprendre une vie normale après ça. Que savent les gens, au lycée? Que pensent-ils?

    Mon regard se tourne à nouveau vers elle, et je me dis que le pire à venir est avec elle. Pourquoi est-elle là? Pourquoi se soucie-t-elle de moi? Je n'ai pas le courage de sentir ses yeux posés sur moi. Je ne veux même pas sentir ses mains contre mon corps. Je ne veux rien sentir d'elle. Est ce que ce que je ressens pour elle a été mis à nu? Est ce la raison pour laquelle on va me considérer comme une bête folle et perdue de raison? Est ce que l'on va me penser malade? Est ce que l'on va chercher à me guérir de quelque chose qui n'est même pas une maladie, seulement une ouverture d'esprit? Et elle. Elle. Qu'a t'elle dit à propos de nous. Je brûle d'envie de le savoir, mais j'en suis bien trop effrayée pour le savoir maintenant.

    Je l'entends expirer longuement et je me dis que si je ne mime pas le sommeil je vais devoir vivre un enfer. Mais je ne ferme pas les yeux. Je reste simplement allongée, je garde regard sur la pièce en elle même. Sur la télévision, les affaires posées sur les différents sièges. Je me sens trembler petit à petit, et je me surprend même à sursauter lorsque sa main se place derrière ma tête. Je ne tourne pas le regard. Je n'y arrive pas. Je ne veux pas voir ses yeux. Je ne veux rien ressentir pour elle. Pas de pitié, d'étrange joie éphémère et encore moins de l'amour. Je sens son visage se terrer dans mon cou et je l'entend pleurer. Ses larmes coulent le long de mon cou et je trouve maintenant cette sensation encore plus désagréable qu'avant. Elle ne m'est plus désagréable parce que je n'aime pas la voir en pleurs. Elle m'est désagréable car elle me montre à quel point je suis incapable d'apporter autre chose que de la peine. À travers ses sanglots je l'entends murmurer milles excuses à mon oreille. Elle les répète indéfiniment, de plus en plus vite et de plus en plus fort, sans pour autant arrêter de laisser couler ses larmes. Elle finit par m'attraper le menton et me force à tourner la tête vers elle. Je la sens me fixer dans les yeux alors que je baisse les miens, par peur, par gêne et surtout par honte. Elle se rapproche encore plus de moi, et j'ai envie de me dégager, j'ai envie de la repousser, mais je n'en ai pas la force. Je n'ai jamais eu la force de la repousser dans tout ce qu'elle a fait. Elle inspire profondément avant de chuchoter "Est ce que tu me hais?" J'ai envie de lui répondre que oui, je la hais. Je la hais pour ce qu'elle m'a fait, pour le mal qu'elle m'a fait ressentir et pour le mal que je me suis fait par sa faute. J'ai envie de lui répondre que la seule chose que je ressens en la voyant c'est cette haine qui me pousse à me détacher de ses mains. Je me rassois sans un mot, je trouve le courage de la repousser, et pendant qu'elle s'assoit à son tour, je réponds: "Je t'ai trop aimé pour ne pas te haïr comme je souhaite te haïr maintenant." Je sens ma voix se briser alors je m'arrête la, je tourne le regard vers la table de chevet de gauche et j'observe un papier. Je l'attrape sans prêter attention à ses sanglots et à ses pas, je la laisse franchir la porte sans lui accorder un regard.

    Je sens la rage qui monte en moi au moment même où j'entends la porte se fermer. Pourquoi l'ai-je rejeté alors que j'aurais pu avoir peut être l'infime chance d'être aimée ? Pourquoi à peine réveillée me faut il ce besoin de systématiquement tout foutre en l'air? Je baisse les yeux sur mon cathéter. J'arrache le bandage qui cache la seringue, j'arrache celle ci à son tour et je me lève brusquement. Je ne tiens pas debout et je bascule rapidement contre le mur. Je sens ma tête tourner et la désagréable sensation de nausée. J'enchaîne un pas, puis deux, avant de m'écrouler par terre. J'essaie de me relever alors que deux ou trois personnes se précipitent autour de moi et veulent me rallonger. Je m'entends hurler, devenir totalement hystérique, je me vois me débattre sans même en comprendre la raison, je me vois les taper, leur hurler à la figure de me laisser en paix, je sens finalement des larmes couler sur mes joues et je n'arrive plus à prononcer un seul mot. On me tire violemment le bras gauche, et je m'entends crier à la mort, parce que j'ai mal, physiquement, mentalement, dans tout ce que je peux ressentir je ressens de la douleur. On m'enfonce une aiguille et je me vois basculer au sol, la vue se brouillant à la vitesse de la lumière, et je ne vois plus rien que le noir total."


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :